Extraits de Carnet de l’Ubaye 

 

Impossible de dessiner une montagne de loin. Quand je tente l’expérience ça ne marche pas. Je trouve toujours l’effet trop réaliste et en même temps pas assez convaincant. Il faut dire que j’ai toujours en tête la peinture de montagne du XIXème siècle et je me dis : que faire après Guétal ou les Anglais (comment ne pas chercher le sublime : le piège) et les Allemands. Je ne parviens à faire que des fragments de montagne, des découpages (par exemple des curiosités géologiques : plissements de terrain, éboulements de la vallée du Bachelard). Et encore. Le bel éboulement du Grand Pont m’a attiré par la forme cahotique des rocs. J’y ai cherché une espèce d’ordre né de mon cerveau. Voilà pourquoi la montagne m’attire : j’y vois – au fond – des représentations issues de mon laboratoire intérieur. 07/08/02

Incontestablement, la montagne est un (monde), un espace où la pierre, le rocher, le caillou sont rois. À première vue un paysage de rochers et de pierre n’a pas d’ordre. En apparence le chaos règne. Mais il suffit de se pencher sur un espace circonscrit pour que cet amas informe devienne progressivement doté d’un chemin (que le regard parcours), que les yeux explorent. Ce qui nous paraissait dénué d’intérêt en acquiert un, simplement parce qu’en insistant, en forçant ma vision, en aimant ce qui s’offre à nous, tout se transforme. Tout est dessinable. Il suffit de le vouloir. C’est alors que les choses, dans leur vacuité intrinsèque, deviennent pleines. Ma volonté les a remplis. Les choses deviennent un miroir de moi-même. Commence ainsi une recherche sur sur ce que je dois trouver. Il n’y a, dans ce monde, qu’une suite de choses qui m’attendent. Elles attendent d’être. Elles sont chair en souffrance, tant il est vrai que nommer c’est faire exister (car sinon qu’en puis-je dire ?). Cette existence dépend donc de ce que je choisis. Ainsi les choses ne sont que le reflet de ma volonté, elle-même n’existant que par ces choses.

Le dialogue est perpétuel. 26/09/02 

 

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