Cette exposition à la Fondation Carzou est consacrée à une partie d’un travail que je mène depuis deux ans autour d’un lieu : les Gorges du Verdon. La série de toiles présente une recherche picturale et graphique autour d’un lieu singulier : Saint Maurin, source et cascade qui naissent au pied d’une falaise et se jette en aval des Gorges du Verdon. C’est un lieu sombre; l’eau coule sous un enchevêtrement végétal qui laisse parfois percer les rayons du soleil. Cette lumière pugnace donne naissance à un miroitement fugace qui modifie sans cesse l’aspect de ce micro paysage. Les rochers de tuf répondent aux troncs des buis.
C’est un monde dans un monde.
C’est de peinture de paysage peut-être, dont il s’agit, genre longtemps considéré comme mineur dans la hiérarchie des genres. L’avènement de l’art moderne, puis de l’art contemporain a rendu obsolète ce type de distinction : l’œuvre et la démarche révèlent des caractéristiques qui s’imposent au-delà de tout a priori esthétique et académique.
On fini par se trouver un sentier, en marge des grandes autoroutes, et on chemine en sachant que, de toutes les façons, il ne mène nulle part.
Que dire de la réalité sinon tout ce qui se dit déjà à son propos ? On sait bien qu’elle n’est que projection et interprétation. La Nature est stupide, elle n’est qu’une modélisation illusoire, commune à une civilisation.
L’art demeure le dernier espoir, le dernier espace de liberté, irréductiblement lié à l’engagement de l’artiste, à sa position devant la dictature du réel, à sa remise en question des mirages de l’apparence.
C’est de peinture dont il s’agit. Un sujet (qui n’est pas qu’un prétexte) et les problèmes du peintre : le dialogue avec soi-même dans l’arène de la toile dominée par l’odeur de la térébenthine.
Richard Bonnet, Toussaint 2001.
