S.M.M
La figure de M.M traverse nos images. Elle est là comme
contrepoint humain aux métaphysiques divines.
CaveRNe CRâNE CaRNis
Trois pôles où va s’exercer la peinture, arène où la lutte avec
l’épiphanie tend à advenir. La difficulté, le chemin à parcourir vers
l’émergence de l’image. Une image in-carnation née de la fusion et la
mixion des pigments comme l’onction des pieds de l’amant, douceur de
l’imposition, présence de la chair, c’est à dire de l’irréductibilité de l’être
au monde, de la peau, des lèvres, du sang, des cheveux (féminité qui
essuie la souffrance, la douleur et la brutalité), présence de cette viande,
de cette apparence (ce que je vois), question des apparences dans la
résurrection (on ne touche pas une image, noli me tangere (et la suite).
S’emparer de la figure sacrée de M.M c’est donc la mettre à
l’épreuve des formes et des couleurs, à faire admettre sur la surface les
signes et les motifs de manière à ce que cela se passe : être ici et
ailleurs, re-connaître ce qui m’était perdu.
Réussir la peinture : établir un lien (religion). Voir, c’est être
ailleurs que là où je suis. Cet ailleurs me préoccupe. Avec le travail sur
M.M, l’idée repose sur la traversée de ce territoire qui se confond dans la
peinture, de trouver et montrer cet ailleurs.
La figure de la sainte s’impose à ce titre. Elle est bien plus qu’un
motif, bien davantage qu'un sujet (selon le sens de la modernité :
récuser le sujet pour ne garder que la forme dans une logique interne à
l’espace du tableau), elle affirme une présence à travers sa sensualité,
ses péchés, sa profonde empathie, son abnégation, ses désirs et ses
envies, sa souffrance son abandon dans la contemplation (contrairement
à sa soeur Marthe) c’est à dire, en somme son humanité; c’est cela qu’il
convient de travailler.
La figure de M.M est sillonnée d’éléments iconiques : les cheveux,
les pieds, le flacon de parfum, la caverne, le crâne, la chair (sans carne
la tête devient crâne), dans toutes ses acceptions. S’appuyer sur ces
éléments, s’en servir, simplement. Les travailler. Les combiner entre eux
et avec leur environnement. Travailler la combinaison. Les considérer
comme des formes dé-formables, comme des réservoirs de potentiels
formels au service de l’économie plastique, hors de propos d’une
quelconque volonté scripturale (M.M n’est pas une figure médiévale). En
somme, après une première réflexion, faire qu’il y ait quelque chose.
Maison(s)
Spontanément, quand je pense à la maison, il me vient l’histoire
des trois petits cochons. Et, invariablement je me demande quel genre
de cochon sommeille en moi.
Écartelé entre le désir d’errances et celui du repos, entre un nonespace
et un espace sur-investi, ma vie oscille entre ces pôles.
Maison-abri, maison-jeu, maison-prétexte, maison-sculpture,
maison-enfance, maison-silence, maison-secrets, maison-accueil,
maison-close, maison-d’arrêt, maison-de-tolérance, fait-maison, maisonfavellas,
maison-espèro, maison-agachon, maison-cabanon, maison-11
septembre, maison-refuge …
La maison, c’est la sécurité, telle est la leçon de Naf Naf et la
construire dans les règles de l’art de la maçonnerie c’est se mettre à
l’abri de bien des déboires. Mais pendant que Naf Naf bâtit, les deux
autres cochons prennent du bon temps, font de la musique. Leurs
maisons sont déjà construites (elles sont par ailleurs bien plus réussies,
esthétiquement, que celle du sage-Naf Naf) mais elles ne résisteront pas
au souffle du loup.
Dès lors, il serait bon de s’interroger sur la nature de ce souffle
bien davantage que sur la fragilité de ces fêtus de paille ou de bois
(qu’on associera sans coup férir à l’absence de volonté de ces
inconséquents cochons.
D’où vient ce vent mauvais qui ferait nous prendre ces
constructions vernaculaires pour un passe-temps sans importance, pour
la manifestation révélée de l’insignifiance faite maison ?
D’où vient ce souffle nauséabond qui se moque et tourne en
ridicule les bâtisseurs de rêve, les architectes de l’imaginaire, les
jouisseurs de l’instant, les prophètes du carpe diem, les chercheurs de
l’inutile, ceux qui aiment perdrent leur temps dans de vaines sculptures
(les colliers des brebis, les cannes de bergers ont-elles besoin de tels
enfantillages), ceux qui considèrent, en somme, que ces choses inutiles
mises bout à bout font l’intérêt d’une existence.
Le supplément d’âme, diraient certains.
Richard Bonnet, juin 2005
